Page
3 de l'interview
Pierre-Henry
Gagey
Président de Louis Jadot
Il
me semble que les vins de Jadot ont en commun une certaine
concentration et beaucoup de corps, êtes vous d accord
avec cette opinion?
A la
Maison Louis Jadot, nous pensons qu’un grand vin de
Bourgogne doit pouvoir vieillir et s’épanouir
avec le temps. C’est le vieillissement qui permet
une véritable complexité aromatique. Pour
cela nous croyons pour les vins rouges à des macérations
assez longues, lorsque l’état sanitaire du
raisin le permet. Il est donc vrai que nous préférons
des vins plutôt concentrés mais gardant leur
finesse, leur élégance, et la véritable
expression du terroir bourguignon. Les vins légers,
fruités, élégants sont certainement
très agréables, mais ne représentent
qu’une partie de l’âme de la Bourgogne.
J'ajoute
que ce sont les millésimes bien mûrs et concentrés
qui font l’image de la Bourgogne. Je pense à
1947, 1959, 1964, 1969, 1971 ou 1978.
Quels vins conseillerez vous à quelqu'un
qui désire s'initier aux vins de Bourgogne?
Je lui
conseille de commencer par des Villages, ou des appellations
régionales qui permettent de s’imprégner
du style Bourgogne, du fruit et des arômes qui sont
exprimés à travers ces vins. La compréhension
des tanins et des composés phénoliques vient
après, lorsque l’on rentre dans les premiers
crus et grands crus. Il faut commencer par des choses plus
simples, faciles d’accès, pour ensuite rentrer
dans la complexité. Les vins blancs sont également
un très bon moyen d’accès aux vins de
Bourgogne car leur finesse, leur minéralité,
leur précision et leur pureté sont plus facilement
accessibles pour tous ceux qui sont passés au-delà
de la sucrosité.
Louis Jadot est un négociant et un producteur,
vos vins sont issus soit de vos propres vignes, soit de
vos partenaires vignerons. Y-a-t'il des différences
notable entre ces vins ? On a tendance à dire que
les meilleurs Louis Jadot sont ceux qui proviennent de vos
vignes.
Pour
les appellations régionales, nous achetons à
des viticulteurs qui ont vinifié et qui nous vendent
ces vins en fûts après 2 ou 3 mois. Bien sûr,
nous avons toujours l’idée que les vins qui
proviennent de nos propres vignes sont mieux réussis
que ceux qui proviennent de raisins achetés à
d’autres. Je ne crois néanmoins pas que cela
soit toujours vrai, car certains viticulteurs nous livrent
des raisins formidables, particulièrement maîtrisés
dans la vigne. Ils nous permettent de faire des vins superbes.
C’est la raison pour laquelle nous avons toujours
choisi chez Jadot de ne pas vraiment différencier
nos étiquettes, même si nous mentionnons nos
domaines pour informer nos clients.
Quel est le type de relation que vous entretenez
avec ces vignerons?
Nous
avons un partenariat très fort. Il est impossible
de parler qualité s’il n’existe pas de
véritable complicité entre nous. Nous essayons
donc le plus possible de travailler avec eux de façon
subtile car les vignerons restent responsables de leur production
et de la maîtrise de leurs vignes. Le partenariat
consiste à travailler ensemble pour atteindre la
meilleure maturité et produire le meilleur vin possible,
ce qui est une stratégie gagnant-gagnant. Nous ne
pouvons pas produire de grands vins si les vignerons qui
nous fournissent les raisins n’y trouvent pas leur
propre intérêt.
Suite
de l'interview avec Pierre-Henry Gagey, Louis Jadot